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lundi 4 juin 2012

Planète malade : tout reste à faire

Avant RIO+20 un état de situation 

Après quarante ans de débats, l'insoutenabilité de notre modèle de croissance est désormais à peu près reconnue. Mais le consensus n'existe pas sur la réponse à apporter. Le 20 juin prochain s'ouvrira à Rio de Janeiro, au Brésil, un Sommet de la Terre baptisé " Rio + 20 ". Il intervient en effet vingt ans après un autre sommet mondial tenu dans cette même ville en 1992. A cette occasion, la communauté internationale avait pris acte de la gravité des problèmes écologiques qui menacent la planète. Le cru 2012 ne devrait toutefois pas laisser un souvenir aussi marquant,

En 1992, le premier Sommet de la Terre à Rio avait pris acte de l'ampleur de la dégradation de notre environnement et la communauté internationale s'était engagée à y mettre bon ordre avec diligence. Vingt ans plus tard, force est de constater que sur pratiquement tous les dossiers, la situation s'est au contraire dégradée, qu'il s'agisse de l'assainissement, de l'alimentation, des émissions de gaz à effet de serre, de la déforestation, de la perte de biodiversité ou encore de l'urbanisation sauvage. Et malheureusement, le Sommet de Rio + 20 ne devrait pas être le moment du sursaut décisif pourtant indispensable.
Alimentation : un milliard d'affamés
En 2010, 925 millions de personnes ont souffert de la faim, selon les chiffres des Nations unies, un nombre en progression depuis 1990. La proportion de personnes sous-alimentées dans la population mondiale a cessé de baisser depuis une dizaine d'années, mettant hors de portée l'objectif de réduire de moitié cette part sur la période 1990-2015. La mondialisation agricole n'a guère profité aux pays en développement. Les émeutes de la faim de 2008, survenues dans des pays jusqu'ici à l'abri des pénuries alimentaires, ont fait éclater au grand jour leur dépendance accrue aux importations. Elle rend les pauvres plus vulnérables aux fluctuations de prix sur les marchés mondiaux des produits de base.
La sous-alimentation dans le monde



Ces tensions s'expliquent par des facteurs conjoncturels - climatiques et spéculatifs -, mais aussi et surtout structurels. Alors que la population mondiale, qui dépasse les 7 milliards d'habitants, devrait encore augmenter de 2 milliards d'ici à 2050, les rendements agricoles plafonnent et l'alimentation est de plus en plus concurrencée par le développement d'autres usages des terres agricoles : nourriture du bétail, agrocarburants et usages industriels (chimie verte), tandis que l'eau douce devient de plus en plus rare .
Prise de contrôle de terres entre 2000 et 2010, en millions d'hectares



Au niveau international, la spéculation sur les marchés agricoles occupe les discussions sans pour autant déboucher sur des mesures concrètes. Il est certes indispensable de mieux réguler ces marchés et de stabiliser les prix, mais la question de la maîtrise de la demande alimentaire ne peut pas être esquivée. Le modèle occidental, adopté par les nouvelles classes moyennes des pays émergents, implique en effet une surconsommation de calories comme de protéines animales. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) chiffre à 4 000 kilocalories (kcal) la ration alimentaire quotidienne d'un Occidental, alors qu'elle considère que 3 000 kcal suffisent en moyenne pour un adulte. Les cultures aujourd'hui destinées à l'alimentation du bétail permettraient de nourrir 3,5 milliards d'êtres humains. Il faut aussi réduire le gaspillage considérable qui existe tout au long de la chaîne de distribution.
Eau : tensions sur un bien vital
Le droit à l'eau potable et à l'assainissement est un droit de l'homme", a reconnu, en août 2010, l'Assemblée générale des Nations unies. Comme prévu par les Objectifs du millénaire pour le développement (*) , près de neuf personnes sur dix ont désormais accès à une source d'eau potable améliorée. Pour autant, la situation reste particulièrement difficile en Afrique et en Asie du Sud, où l'accès à une eau de qualité est très inégal. Dans les zones rurales africaines, moins de la moitié de la population boit une eau considérée comme potable. De plus, ce sont le plus souvent les femmes et les enfants qui sont astreints à la corvée d'eau. En Afrique notamment, ces tâches éloignent encore massivement les enfants de l'école. Pour l'assainissement, la situation est encore plus critique et les Objectifs du millénaire paraissent hors de portée : 40 % des êtres humains ne sont toujours reliés à aucun système de traitement des eaux usées, alors qu'ils ne devraient plus être que 25 % en 2015 si l'objectif était respecté. Or, les maladies liées à l'insalubrité des eaux tuent chaque année environ 5 millions de personnes, et des centaines de millions en souffrent.

Répartition de la population en fonction de son accès à l'eau, en %


Les besoins domestiques ne représentent toutefois qu'une faible part des usages de l'eau par les sociétés humaines. L'agriculture absorbe 92 % de l'eau douce prélevée dans le monde. Or, du fait de la croissance démographique et de l'évolution des régimes alimentaires, ces prélèvements sont fortement croissants. L'élevage est indirectement gourmand en eau, puisqu'il consomme d'énormes quantités de céréales. Au rythme actuel, en 2025, les deux tiers des habitants de la planète vivront en situation de stress hydrique (moins de 1 700 m3 disponibles par habitant et par an), contre 40 % actuellement. Accroître les quantités d'eau douce disponibles, notamment en désalinisant l'eau de mer, serait très coûteux et très consommateur d'énergie. Dans ces conditions, les conflits pour l'eau risquent fort de se multiplier : d'ores et déjà, les eaux du Nil, du Tigre, de l'Euphrate ou encore du Jourdain font l'objet de fortes tensions internationales.
Prélèvements et consommation d'eau par secteur, en km3/an


Climat : le temps des conséquences
Au rythme des rapports alarmants du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), le climat a été la question écologique qui a le plus mobilisé la communauté internationale depuis vingt ans. Il n'empêche : depuis l'échec du Sommet de Copenhague en 2009, celle-ci peine à simplement poursuivre l'effort pourtant limité inscrit dans le protocole de Kyoto signé en 1997, dont la première période se termine en 2012.
Pour l'instant, les négociateurs se contentent d'additionner les engagements pris par chaque Etat, sans que ceux-ci aient un caractère juridiquement contraignant. Dans l'état actuel des choses, même si ces promesses étaient respectées, on s'acheminerait vers une hausse des températures de l'ordre de 3,5 °C à l'horizon 2100, soit très au-dessus des 2°C maximum que vise officiellement la communauté internationale.
Depuis l'adoption de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques à Rio en 1992, les émissions de gaz à effet de serre ont crû de 45 %. Après une courte stabilisation due à la crise économique, elles sont reparties de plus belle depuis 2010, avec une hausse d'ampleur historique (+ 5,8 %) cette année-là. Les pays riches parviennent à peine à stabiliser leurs émissions, tandis que celles des pays émergents explosent. La Chine est devenue le premier émetteur mondial. Pour ne rien arranger, l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels (gaz et pétrole de schiste aux Etats-Unis, sables bitumineux au Canada…) ou moins accessibles, comme le pétrole offshore, repousse la perspective d'une déplétion des énergies fossiles qui aurait accéléré la transition vers des énergies propres.
Emissions de gaz à effet de serre liées à la combustion des énergies fossiles, en milliards de tonnes de CO2


Une hausse importante des températures paraissant désormais inéluctable, le débat se reporte de plus en plus sur l'adaptation à ces changements climatiques. Une des seules avancées actées lors de la conférence de Durban en décembre 2011 fut d'ailleurs la création d'un fonds vert à destination des pays en développement. Censé être doté de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, il reste encore à l'état de promesse.
Nombre de personnes exposées au risque de submersion due à l'élévation du niveau de la mer et aux tempêtes vers 2070, en millions


Énergie : Un quart des humains toujours dans le noir
L'ONU a déclaré 2012 " année internationale de l'énergie durable pour tous ". Avec trois objectifs majeurs pour 2030. Tout d'abord, assurer un accès universel aux services énergétiques modernes : un quart de la population mondiale n'a pas accès à l'électricité, cette proportion pouvant atteindre 90 % dans certains pays d'Afrique subsaharienne. Deuxièmement, doubler l'efficacité énergétique, grâce à une réduction des gaspillages et de la consommation, afin de limiter le changement climatique. Enfin, doubler la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial, alors que cette part a en réalité à peine progressé sur les trente dernières années.
Demande mondiale d'énergie primaire, en millions de tonnes d'équivalent pétrole



Biodiversité : la nature en danger
Une des deux conventions signées lors du premier Sommet de la Terre en 1992 concernait la protection de la biodiversité. C'est un enjeu moins médiatisé que le changement climatique et pourtant tout aussi vital : l'érosion rapide de la biodiversité menace tous les écosystèmes, dont elle conditionne la résilience et l'adaptabilité. De plus, le phénomène, une fois enclenché, est très difficilement réversible.
Situation des espèces recensées par l'UICN en 2009


La biodiversité est mise en danger par la surexploitation chronique d'espèces au-delà de leur capacité de renouvellement (surpêche, chasse…) et par la destruction des habitats naturels les plus riches (forêts et zones humides). Si son rythme a ralenti, la déforestation se poursuit dangereusement, notamment en Amazonie, dans le bassin du Congo et en Indonésie.
En octobre 2010, la conférence de Nagoya avait adopté des objectifs ambitieux à l'horizon 2020 : extension des zones protégées de 12 % à 17 % de la surface terrestre, suppression des subventions dommageables à la biodiversité, création d'un organisme scientifique international qui jouerait le rôle d'un " Giec de la biodiversité ", etc. Elle a également prévu des mesures contre la biopiraterie, afin que les richesses génétiques du Sud cessent d'être appropriées par les firmes des pays riches. Mais les suites concrètes se font toujours attendre.
Evolution du couvert forestier mondial



Certains s'inquiètent d'une tendance à la marchandisation de la nature à travers des mécanismes comme la brevetabilité du vivant, reconnue par l'Organisation mondiale du commerce, ou l'initiative Réduction des émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation et la dégradation forestière (Redd), dont le mécanisme a été entériné à Cancún en 2010 : il consiste à rémunérer en crédits carbone des projets limitant la déforestation.
Océans : bientôt des déserts bleus ?
Bien qu'ils occupent près des trois quarts de la planète, les océans sont des écosystèmes fragiles et menacés. Réserves de biodiversité, régulateurs de climat et sources d'énergie, ils offrent également des ressources alimentaires mises en danger par la surpêche. 70 % des espèces de poissons marins commerciaux sont menacées et certaines, telles que le thon rouge de Méditerranée, sont déjà près de l'extinction. Malgré l'urgence, la protection internationale des océans progresse très lentement depuis l'entrée en vigueur, en 1994, de la convention des Nations unies sur le droit de la mer. Les sommets internationaux se multiplient, mais des quotas de pêche peinent à être fixés, respectés et équitablement répartis. En pratique, seules certaines organisations régionales, comme l'Union européenne, ont fixé des règles contraignantes. Autre difficulté : la haute mer fait l'objet d'un vide juridique, ce qui complique la délimitation des aires marines protégées dans les zones situées hors juridiction nationale.

Variation du pH des océans de 1700 à 1990


Les océans sont aussi menacés par la pollution. Formés par d'innombrables fragments de plastique, des " continents de déchets " se sont formés. Moins spectaculaire, mais sans doute plus dangereuse, l'acidité des océans a augmenté de 30 % depuis les débuts de l'ère industrielle en raison de l'absorption du CO2, fragilisant l'ensemble des chaînes alimentaires marines. Et à proximité des côtes, les zones mortes se multiplient à l'embouchure des fleuves. La pollution des eaux douces essentiellement causée par l'azote et le phosphore relâchés par l'agriculture et les égouts domestiques empêche les poissons, les plantes et les crustacés de survivre à cause d'une insuffisante oxygénation. Enfin, l'aquaculture, dont la production tend à rattraper la pêche de capture, peine à répondre de façon durable à la baisse des stocks : elle consomme elle-même de grandes quantités de poissons sauvages pour alimenter les élevages et engendre de graves pollutions locales.

Urbanisation : un monde de villes
Un humain sur deux vit aujourd'hui en ville. C'est dans les pays en développement que cette croissance se concentre : leur population urbaine a été multipliée par deux depuis vingt-cinq ans, et devrait doubler à nouveau d'ici à 2050. Cette urbanisation va de pair avec de profondes mutations : extension du salariat et généralisation de l'économie monétaire, mutation des structures familiales et du rôle des femmes. Mais elle engendre aussi de redoutables défis.
Lieux de concentration des activités et des richesses, les villes attirent aussi des armées de nouveaux citadins démunis. Les métropoles contemporaines sont marquées par d'extrêmes disparités sociales et par des fragmentations spatiales toujours plus fortes. Le premier défi au Sud consiste à loger décemment ces nouvelles populations et à leur fournir un accès aux grands réseaux urbains (distribution d'eau, assainissement, électricité, transports, réseaux d'information). Si la part de la population urbaine vivant dans des bidonvilles a baissé de 46 % à 37 % entre 1990 et 2010, leur nombre continue de croître en valeur absolue.
Le deuxième défi est environnemental. La ville dévore aujourd'hui les ressources à très vaste échelle. Elle devra demain réduire son empreinte écologique dans ses multiples dimensions : emprise sur les terres arables et les milieux naturels, impact des régimes alimentaires, consommation de ressources minérales et énergétiques. Source de dérèglements écologiques, les villes en sont aussi les premières victimes. Concentrées sur les zones côtières - un quart de la population mondiale vit à moins de 100 mètres d'altitude -, elles sont particulièrement vulnérables aux conséquences des changements climatiques et autres risques extrêmes, naturels ou sanitaires.
Evolution de la population urbaine entre 1990 à 2010



Depuis la déclaration de Rio, les collectivités urbaines sont reconnues comme des acteurs clés du développement durable. Mais l'élaboration d'agendas 21 locaux ou la constitution de réseaux transnationaux de villes ne suffisent pas à répondre aux défis politiques de la croissance urbaine. Au niveau local, les espaces urbains en permanente expansion débordent les cadres politiques et administratifs institués, rendant de fait bien des villes ingouvernables. Au niveau international, les villes restent quasi absentes de la construction de l'ordre international, toujours du ressort des Etats. Plus volontaires que ces derniers, elles n'ont pourtant officiellement aucune place à la table des négociations climatiques.



http://www.alternatives-economiques.fr/index.php?ogn=MODNL_225&prov=&cat=&lg=fr&id_article=59089&id_publication=1149







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